L'UAP photographiée depuis le cockpit d'un Boeing 737 au-dessus de l'Espagne par l'ambassadeur de l'UAPCNL, le capitaine Christiaan van Heijst, en janvier 2010.
L'UAP photographiée depuis le cockpit d'un Boeing 737 au-dessus de l'Espagne par l'ambassadeur de l'UAPCNL, le capitaine Christiaan van Heijst, en janvier 2010.Christiaan van Heijst, UAP Coalition Pays-Bas. Utilisé avec la permission de l'auteur.

Comment une ONG néerlandaise a réussi à faire intégrer les signalements d'UAP dans les canaux officiels de sécurité aérienne et se tourne désormais vers Bruxelles

Alors que les audiences du Congrès et la divulgation potentielle des dossiers sur les phénomènes aériens inexpliqués (UAP) ont fait la une de l'actualité aux États-Unis, une initiative moins médiatisée se déroule en Europe. Aux Pays-Bas, une organisation à but non lucratif représentant des professionnels de l'aviation, des militaires et des agents des forces de l'ordre a passé ces dernières années à faire pression sur les ministères néerlandais, la Commission européenne et les députés européens afin que les UAP soient considérés comme un enjeu légitime en matière de sécurité et de recherche.

L'UAP Coalition Netherlands (UAPCNL) a été fondée par Joachim Dekkers, un ancien entrepreneur fort de plus de vingt ans d'expérience en gestion organisationnelle. La Coalition fonctionne comme une ONG dont l'objectif est de déstigmatiser le signalement des UAP pour les professionnels qui risquent leur carrière en se manifestant. En octobre 2024, le Conseil néerlandais de la sécurité, l’Onderzoeksraad voor Veiligheid (OVV), a annoncé qu’il accepterait les signalements d’UAP émanant de professionnels de l’aviation dans le cadre de son dispositif existant de signalement des incidents de sécurité. Cette annonce faisait suite à un dialogue direct entre l’UAPCNL et l’OVV plus tôt dans l’année.

L'OVV est une autorité néerlandaise indépendante chargée d'enquêter sur les incidents critiques pour la sécurité dans les secteurs de l'aviation, du transport maritime, du rail et d'autres secteurs. Sa volonté de reconnaître les PAN comme une catégorie de sécurité devant faire l'objet d'un signalement représente le type de normalisation institutionnelle longtemps recherché par les défenseurs de cette cause.

Au-delà des Pays-Bas, l’UAPCNL a mené une stratégie ambitieuse au niveau européen. En mars 2024, la Coalition a coorganisé le premier événement consacré aux UAP au Parlement européen depuis plus de 30 ans, aux côtés de l’ancien député européen portugais Francisco Guerreiro. Plus tard dans l’année, la Coalition a coordonné une lettre commune adressée aux institutions européennes, signée par 15 organisations spécialisées dans les UAP de toute l’Europe, notamment de Belgique, de France, d’Allemagne, de Suède et du Royaume-Uni. En 2025, un appel distinct adressé à la Commission européenne, axé spécifiquement sur la stigmatisation de la recherche et soutenu par 36 cosignataires, dont d’éminents scientifiques, a été soumis dans le cadre des commentaires sur la loi relative à l’Espace européen de la recherche.

La réponse de la Commission européenne a été prudente. En 2023, le commissaire de l'époque, Thierry Breton, a déclaré que l'Agence européenne de défense ne détenait aucun document relatif aux UAP et que les UAP ne relevaient pas du champ d'application du programme spatial de l'UE. Il n'existe actuellement aucun mécanisme de signalement des UAP à l'échelle de l'UE, et l'AESA, l'Agence européenne de la sécurité aérienne, ne dispose d'aucun protocole spécifique pour les données relatives aux UAP.

Dans ses propositions politiques à la Commission, l’UAPCNL a fait valoir que les infrastructures existantes de l’ESA, telles que les systèmes de surveillance des débris spatiaux de l’agence et la station laser Izana-2A, pourraient être réaffectées à l’observation des UAP, générant ainsi des données scientifiques tout en renforçant la sécurité des satellites et des astronautes. Comme l’a rapporté The UAP Observer en avril 2026, l’ESA n’a pas exclu une implication future dans les travaux liés aux UAP, bien qu’elle ne dispose actuellement d’aucun programme ni d’aucune ligne budgétaire dédiée à cet effet.

Voici un entretien avec Joachim Dekkers, réalisé par The UAP Observer en mars 2026, légèrement remanié pour plus de clarté.


Q : Le Bureau néerlandais de la sécurité a annoncé en octobre 2024 qu'il commencerait à accepter les signalements d'UAP émanant de professionnels de l'aviation. Pouvez-vous nous expliquer comment cette étape importante a été franchie ?

R : « Le chemin vers cette étape a commencé par une campagne de sensibilisation stratégique début 2024, dans le but de combler le fossé entre les expériences rapportées par les pilotes et les structures existantes de signalement de la sécurité. Au cours de notre dialogue avec le Conseil néerlandais de la sécurité (OVV), nous nous sommes concentrés sur deux piliers : la sécurité des vols et le devoir de diligence envers les professionnels de l’aviation. Nous avons souligné que la stigmatisation peut constituer un obstacle à un signalement transparent, ce qui représente un risque fondamental pour toute « culture juste ».

L’OVV a réaffirmé que ses canaux de signalement existants ont toujours été, et restent, ouverts à tout événement lié à la sécurité, y compris les PAN. Dans le même temps, la pertinence des PAN dans ce contexte n’avait pas été mise en avant auparavant. En ce sens, cette avancée majeure réside donc dans une prise de conscience et une reconnaissance accrues du fait que ces signalements s’inscrivent dans les cadres de sécurité existants et seront traités avec le même niveau d’examen professionnel. Il s’agit d’une étape importante pour donner aux professionnels de l’aviation la confiance nécessaire pour signaler ce qu’ils rencontrent sans hésitation. »

Q : Comment se présente concrètement l'accord de collaboration avec l'OVV ?

R : « Nos rôles sont complémentaires. Lorsqu’un professionnel contacte la Coalition, il s’entretient en toute confidentialité avec le conseil d’administration de la Coalition ou bénéficie d’une consultation entre pairs via notre programme d’ambassadeurs, où il peut s’entretenir en toute confidentialité avec d’autres aviateurs. Cependant, nous encourageons et facilitons toujours le signalement officiel à l’OVV. L’OVV traite ces signalements via ses canaux standard de gestion des événements aériens. Alors que la Coalition offre un espace sûr aux témoins pour qu’ils puissent partager leurs expériences, l’OVV conserve le mandat officiel d’enquêter si un signalement répond aux critères d’une enquête de sécurité. Notre coordination garantit qu’aucune donnée ne soit perdue à cause du silence lié à la stigmatisation. »

Q : La Coalition recueille des rapports auprès de professionnels. Sans compromettre la confidentialité, pouvez-vous nous dire si certains cas se sont démarqués comme étant particulièrement extraordinaires — et si la Coalition a pu tirer des conclusions préliminaires ?

R : « Chaque cas que nous recevons est important, non seulement en raison du niveau élevé de détails techniques fournis par les témoins, mais aussi en raison de la sincérité et du courage qu’il faut pour se manifester. Bien que la stigmatisation s’estompe progressivement, cela reste un sujet difficile à aborder pour les professionnels. Si je devais mettre en avant deux témoignages particulièrement frappants :

Un commandant de bord a signalé une observation dans les années 1990, puis, fait remarquable, a été témoin d’un UAP identique 30 ans plus tard, au même endroit. Il a décrit trois lumières effectuant des manœuvres intenses et dynamiques. Il a qualifié cela de « combat aérien ». Lorsque l’on relie ces points lumineux, on obtient la configuration triangulaire classique qui a été documentée par des témoins partout dans le monde.

Nous disposons également du témoignage documenté d’un pilote d’hélicoptère néerlandais très expérimenté, qui a fait face à un grand UAP sombre se trouvant directement au-dessus de son appareil. Il est particulièrement à noter que, pendant toute la durée de l’observation, tous les équipements de communication de l’hélicoptère ont cessé de fonctionner. Cet incident s’est produit lors d’un vol en Iran il y a plusieurs décennies et reste un exemple incontestable d’un UAP ayant un effet physique direct sur la technologie aéronautique.

En ce qui concerne les schémas, nous constatons une cohérence dans les formes géométriques et les manœuvres à grande vitesse qui défient la propulsion conventionnelle. Il ne s’agit pas de « dysfonctionnements » isolés. Ce sont des observations récurrentes, faites par des observateurs qualifiés, de phénomènes physiques qui occupent le même espace aérien que nos vols commerciaux et militaires. »

Q : Comment cela a-t-il été accueilli au niveau de l’UE, et voyez-vous une voie réaliste vers un cadre de signalement des PAN à l’échelle de l’UE ?

R : « L’accueil à Bruxelles a été jusqu’à présent d’un pragmatisme encourageant. En mettant l’accent sur la sécurité aérienne, la stigmatisation et la transparence plutôt que sur les spéculations quant aux origines, nous avons trouvé des portes ouvertes au sein de la Commission européenne et du Parlement. Nous évitons les discours sensationnalistes, en nous concentrant plutôt sur la responsabilité des 720 membres du Parlement européen de garantir un ciel européen sûr et unifié. La mise en place d’un centre européen centralisé de signalement des PAN est un objectif réaliste, mais à long terme. Comme nous le disons souvent : c’est un marathon, pas un sprint. Nous construisons l’infrastructure nécessaire à un dialogue scientifique et sécuritaire permanent. »

Q : Avec quelles organisations internationales ou européennes la Coalition travaille-t-elle ?

R : « La collaboration est la pierre angulaire de notre stratégie, et nous avons prouvé que l’union fait la force. En 2024, en collaboration avec 15 organisations spécialisées dans les UAP issues de toute l’UE, du Royaume-Uni et de la Norvège, nous avons demandé à la Commission européenne la mise en place d’un processus officiel de l’UE pour collecter, analyser et publier les données relatives aux UAP. Nous avons également plaidé pour l’intégration des UAP dans la législation pertinente en matière d’aviation, de sécurité et d’espace, soutenue par un financement dédié à la recherche multidisciplinaire.

Forts de cette dynamique, en 2025, nous avons lancé un appel officiel à la Commission européenne, l’exhortant à lutter contre la stigmatisation qui entrave la recherche dans des domaines émergents tels que les UAP. Cette initiative a été soutenue par un groupe de 36 cosignataires, composé d’éminents scientifiques et d’autres organisations européennes spécialisées dans les UAP.

Nous restons en étroite coordination pour garantir que ce sujet soit traité avec la rigueur scientifique qu'il mérite. Il est important que les organisations UAP soient reconnues et travaillent ensemble de manière formelle et professionnelle. Mon message à vos lecteurs est simple : organisez-vous. Que vous rejoigniez un groupe existant ou que vous en créiez un nouveau dans votre pays, l'action collective est le seul moyen de faire bouger les lignes en matière de politique gouvernementale. Les gouvernements peuvent ignorer un individu, mais ils ne peuvent pas ignorer une coalition professionnelle unifiée.

Q : Quels sont les objectifs les plus importants de la Coalition pour les un à deux prochaines années ?

R : « Notre priorité est la normalisation du dialogue sur les UAP au sein des secteurs militaire, policier et aéronautique. Au cours des deux prochaines années, nous visons à aller au-delà de la simple « acceptation » pour parvenir à une intégration active dans les politiques. Par exemple, nous souhaitons que la sensibilisation aux UAP soit incluse dans les briefings et les manuels de sécurité destinés aux équipages de vol, aux militaires et aux policiers. Pour y parvenir, nous continuons à compter sur le soutien de notre communauté. Notre objectif est un avenir où personne n’aura à choisir entre sa carrière et le fait de rapporter la vérité sur ce qu’il a vu, et où les scientifiques pourront mener des recherches sur les UAP sans stigmatisation ni répercussions. »


Avec l’UAPCNL, les Pays-Bas s’imposent comme l’un des pionniers européens sur le sujet des UAP. Les cas recueillis par la Coalition auprès de professionnels sont, selon les propres termes de M. Dekkers, tout sauf banals. Leur stratégie — axée sur la sécurité et délibérément exempte de spéculation — a déjà donné des résultats tangibles, notamment en brisant la stigmatisation qui a longtemps réduit au silence les pilotes et autres professionnels. S’il existe un modèle pour faire avancer le débat sur les UAP en Europe, c’est bien celui-ci, et on ne peut qu’espérer que les autres États membres et institutions de l’UE y prêtent attention.

Joachim Dekkers est le fondateur et président de la Coalition néerlandaise sur les PAN. L'organisation peut être contactée via son formulaire de contact et à l'adresse uapcoalitienederland.nl.